Chaque été, la chanteuse professionnelle écume les stations balnéaires du Languedoc-Roussillon pour une tournée sous les sunlights des... bungalows. Un job parmi les bob plus dur qu'il n'y paraît, mais qu'elle ne changerait pour rien au monde. A chacun son Zénith.
"La pauvre, elle mérite mieux…". Cette phrase, Elodie Ly l’a souvent entendue. Mais le public de boulistes couleur écrevisse et les toilettes en guise de loge ne l'ont jamais découragée. Depuis 2013, la brune explosive a laissé de côté son emploi de vendeuse en prêt-à-porter pour se consacrer entièrement à la chanson en tant qu’animatrice événementiel. Des cabines d’essayage aux cabinets des campings, plus ou moins sauvages, elle a fait le grand écart, en musique. Chaque été, Elodie enchaîne une trentaine de dates dans les campings, les restaurants de front de mer et les fêtes de village des environs de la côte languedocienne. Pas question de faire le plancton dans une mer d'huile ou bronzette sur le sable chaud, "je travaille pendant que les autres sont en vacances". Le job n'a rien d'une sinécure : en plus de rentrer à 7h du matin, la noctambule doit rester dans sa bulle et s’impose une hygiène de vie spartiate : "Je fais du sport pour rester en forme et porte une écharpe même sous 30°C, la voix étant mon outil de travail". Et c’est sûr qu’il en faut de la voix pour chanter du Piaf dans les campings du troisième âge, surtout si les sonotones sont mal branchés…
Un show à la carte
"Dans les campings, les gens sont là pour s’amuser et pour danser. Ce qui marche le mieux, ce sont les "morceaux soleil"." Comprenez : "Uptown funk" de Mark Ronson et Bruno Mars, Shakira, la "Camisa Negra", le "Kuduro", et bien sûr, les tubes kitsch des années 80, tous ces rythmes qui réveillent en toi le tourbillon d’un vent de folie. Comme les cornets de glace, les concerts sont à la carte. A chaque spectacle, Elodie Ly adapte son répertoire - environ 400 chansons ! - au public du soir, indépendamment de ses goûts personnels : "La première fois que j’ai entendu Black M à la radio, je n’imaginais pas chanter un jour "Sur ma route"." En formule duo, trio ou en groupe, son expérience lui permet de s’adapter aux demandes et aux budgets de chacun. Payée au cachet, elle refuse les propositions au rabais : "Le minimum acceptable pour un camping est de 350 euros en duo, alors qu’en mariage, on peut facilement viser les 850 euros". Mais même si ça n'est pas le jackpot et que ça sent la morue jusque dans le cœur des frites, l'artiste n’est pas prête à arrêter ses soirées merguez-short-zumba. Zumba ? "Je propose aussi des cours de fitness. J’ai appris des chorégraphies que je montre à mon tour au public, ça marche très bien."
Même sous une chaleur à crever, il faut prévoir son costume de scène. Elodie adopte un look "lolita-hello kitty-gothique" qu'elle ajuste à la moyenne d’âge des spectateurs. "La mode est ma deuxième passion et c’est une grosse part d’investissement. Mais quand j’entends des enfants dire : "Oh maman, on dirait une fée !", je suis fière de leur avoir mis des étoiles dans les yeux." La photo de Lady Ly s'est même retrouvée collée sur le classeur d'une petite fille, juste à côté de la Reine des Neiges.
"Je ne vois rien de dégradant dans mon métier"
La reconnaissance, les "musiciens de camping" courent souvent derrière. Pour autant, pas question d'accepter tous les contrats : "Je refuse les manifestations taurines, le public est alcoolisé et ne respecte pas notre travail, c’est comme si nous n'étions pas là...". Les joutes d'Intervilles, très peu pour elle. En revanche, quand il s'agit de se mettre en danger pour ses projets, l'artiste fonce tête baissée. La liste de ses chantiers d'été est longue : proposer plus de morceaux et renouveler son catalogue, intégrer des cuivres, créer un spectacle pour enfants et "acheter un iPad pour les trous de mémoire".
Si Elodie se produit en reprenant les tubes des autres, elle rêve de faire carrière avec ses propres compositions, tant qu’elle n’en perd pas le contrôle artistique : "Je ne cracherai pas sur les opportunités, mais je ne suis pas prête à tout pour la célébrité", affirme la multi-candidate à
l'émission de Nagui "N'oubliez pas les paroles". En attendant, elle ne peut se passer des échanges avec son public estival. "Je ne vois rien de dégradant dans mon métier, ceux qui pensent le contraire ne doivent pas être très heureux dans leur vie." Une partie de pétanque, un barbecue, Elodie Ly et son kazou... A chacun sa recette du tube de l'été.